


Il y a peu, un fan acocktaillé m’a ingénument lancé que mes textes étaient certes longs mais pour ne pas dire grand chose. Il était dans le vrai; j’admets que la partie visible, faiblement philosophique de mes histoires s’appuie sur une immergeance d’inutilités grandiloquentes qui agacent beaucoup mais me satisfont proportionnellement.
Ceci admis, je me targue de vous pondre un chef d’oeuvre de sérieux et de concision tel que vous n’en avez jamais lu; point de chemin de traverse; l’essentiel, en peu de mots judicieusement choisis.
J’ai, et ne m’en cache plus, la cinquantaine bien pesée. Deux vingtcinquaines de gourmandise et, fatalement, les conséquences qui s’en suivent. J’ai souvent des « derniers soubresauts » vers une vie plus saine, encouragé par ma moitié qui me soigne à coups de petits plats et de benti délicieux, concernée qu’elle est par mes performances, mentales il va sans dire.
Ceci planté :
Nous voilà sur les routes de France, cinglant plein ouest vers une Bretagne crêpatrice en diable et traversant sur le coup de midi une Bourgogne aux avenants bistrots de villages du même acabit. Il faut bien manger me dit mon corps, et mon âme de répondre que certes mais avec une retenue qui fera honneur aux efforts maigritoires de ma compagne.
Tiens, le joli restaurant que voici ! La nappe est carrelée de rouge, la terrasse et la serveuse sont fraiches, la carte semble peu étendue, gage de plats longuement et savamment mitonnés en d’antiques creusots de fonte. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, nous sommes attablés et admirons les menus alléchants qui nous sont proposés. A la table voisine, un groupe d’alertes septuagénaires en est au dessert et ils reçoivent la plus belle assiette de profiteroles qu’il est possible d’imaginer. Profiterole est un de ces mots qui vous forcent à une gymnastique buccale annonçant par elle seule les délices gustatifs attendus.
Je reste concentré et repère, au niveau des salades repas, une composée à base d’avocats, carottes, poulet, concombre, féta et mangue. La sagesse toute en crudités et viande blanche, légère, saine, salvatrice. Mais mes yeux, les traitres, glissent vers le paragraphe des entrées et se fixent sur …
… les oeufs en meurette !
Mais oui, me dis-je, nous sommes encore en Bourgogne, pays de cette délicieuse préparation où les pochés se trouvent généreusement nappés d’une onctueuse réduction de vin rouge, avec oignons confits, lardons émancipés, le tout sur des croutons aillés. Et, j’en étais certain, il y aurait le petit bouquet de persil haché, touche de virginale verdure en contrepoids à cette diabolique préparation d’un rouge profond. Ne pas les commander eut-été, m’aurait dit un ancêtre que je révère, le fait d’un nouillon-cuiseux.
Mes yeux, doublement traitres, n’en finissent pas de glisser, cette fois vers ma douce, à laquelle je dois bien des choses. Le dilemme est violent, mon âme, telle ma tranche de pain, se déchire : les croutons ou ma mie ?
Tu me lis peut-être depuis longtemps, Lectrice fidèle, Lecteur impatient, et tu t’attends à une victoire de la passion sur la raison; il fut un temps où il en aurait été ainsi mais, à mon immense surprise, je m’entendis commander la salade raisonnable accompagnée d’une bouteille d’eau gazeuse; les mangues, me dis-je, faisant office de profiteroles.
Je me sentais fort, spartiate, virile.
Ma compagne, son tour venu, commanda des cuisses de grenouilles au beurre persillé, avec des frites et une ridicule portion de salade excusatoire, qu’elle ne mangea d’ailleurs pas. Le tout, c’est un comble, accompagné d’un verre de Saint-Véran blanc auquel il me fut permis de tremper les lèvres.
Meuret-on raconté ça que je ne l’eus pas cru !
Toi le fan, j’ose espérer que cet épître où je ne fais pas le guignol, c’est aussi un comble, t’aura convaincu que la substantifique moelle est parfois où on ne l’attendait pas.
Nevers, juin 2025
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