

La Bretagne a ceci de différent d’avec la Suisse que l’inspiration y arrive par hasard; on ne peut être prévisionnel à ce sujet, alors que vers Lausanne c’est largement possible. De plus, comme nous nous y promenons ma Tendre et moi au grand bonheur des impromptus, il m’est difficile de vous proposer un texte construit, avec fil conducteur. Si par chance il devait y en avoir un, ça ne serait pas de mon fait, soyez-en certaines et certains. Il se pourrait bien que j’enfonce quelques clichés, mais ne sont-ils pas là pour ça ?
Par ailleurs, j’ai une douzaine d’huitres à ouvrir et une bouteille de Saint-Véran à qui je promets le même sort. Oui, je sais, après l’apologie du petit vin local, je me fourvoie dans des strates honnies, mais que voulez-vous c’est délicieux le Saint-Véran, surtout avec des huitres.
Donc, je n’ai pas le temps de ficeler les entournures ni de boustiller de jolies phrases. Ça sera du brut, comme le cidre de midi. J’innove cependant en me permettant des notes de bas de page; cela donne un aspect sérieux qui s’harmonise parfaitement avec le Saint-Véran.
Premièrement, je tiens à partager avec toi, lectrice assouvie, lecteur violoniste, une regrettable constatation à propos de la Bretagne : la plupart des aspects connus de ce coin de terre sont trompeurs, comme le sont les mets Bretons en général (1).
J’en veux pour preuve cette étonnante manière qu’ont les paysages Armoricains à vous induire en de somnolentes erreurs; vous conduisez à allure modérée sur de jolies routes de campagne, entre des champs de maïs, des prés à vaches bicolores et fromagifères, des sapins alpins et d’autres paysanneries verdâtres qui vous feraient presque croire que vous êtes en Sarthe (2). Mais, avec une brusquerie crasse, au bas d’un joli talus, surgit un océan dont vous ne soupçonniez guère l’existence. Vous freinez mais bien évidemment finissez votre course sur la plage dans le meilleur des cas, dans l’eau et parmi de furieux Bernards-les-Hermites (3) dans tous les autres. Les théories sur la tectonique des plaques et la dérive des continents expliquent comme il se doit scientifiquement la présence de cette étendue d’eau. On ne me la fait pas ! Cet océan est là pour désoler les touristes et dérider les autochtones. En hiver, il doit être ailleurs.
Le Saint-Véran est tempéré et fera un gouleyant fil conducteur.
Puisque nous en sommes à la conduite et aux plaisirs de la route : comment expliquer ce nombre incroyable de petits monuments à caractère chrétien aux carrefours des routes bretonnes ? On m’avancera la profonde religiosité des habitantes et habitants, études sociologiques à l’appui. Je n’en crois rien ! Comme je l’ai déjà dit ailleurs (4), Dieu, en Bretagne, s’il reste unique, n’est pas le même qu’ailleurs. Il a là un humour et une tendresse pour l’humanité que bien d’autres contrées envient à ce joli pays. Ces monument ne seraient-ils pas plutôt une sorte d’acupuncture tellurique à captage vouivresque permettant au badaud devant le choix du bon chemin de se ressourcer à la terre ? D’ailleurs, dans Croaz Men, il y a « men », les hommes, les humains, nous ! Un Dieu humaniste en somme, à notre mesure. Je vous laisse méditer sur tout cela.
Le bruit de ce bouchon à l’ouverture du flacon promet bien des extases.
Par ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique l’expression « fruits de mer ». A nouveau, induire le touriste fructiphobe (5) en erreur pour réserver crabes, crevettes et huitres aux bienheureux locaux. J’aurais à la limite excusé une légère dyslexie si le rayon « fruits » des supermarchés bretons avait eu pour enseigne « crustacés de terre »; il n’en est rien. Visiteur, on se moque de toi !
Quelle jolie robe, très claire, à la limite du blanc des maisons bretonnes !
Le blanc des maisons bretonnes ! Voilà qui est trompeur encore une fois. On lui aurait aimé la luminescence nivéesque des habitations des îles grecques. Point ! Le blanc est légèrement cassé, à peine, buriné par l’océan complice de l’autre paragraphe; quand le ciel est d’azure, cela donne un effet des plus joli, mais dès qu’il se démoire de nuances nuageuses grisâtres, les maisons se confondent avec lui et plus d’un touriste distrait a fini sa course là-haut, encastré préalablement dans le 18 de la Venelle des Damnés, à Plaogornec.
Entends-tu le glouglou dans les verres, entends-tu le joli glouglou ? (6)
C’est avec plaisir que j’irais plus avant, car j’ai encore à partager. Malheureusement le Saint-Véran, comme moi, les huitres et les inhuitres, ne supportons pas la tiédeur.
A bientôt.
Yec’hed mat ! (7)
Olivier, garage de Plaogornec, 7 juillet 2025
(1) Je te renvoie à mon texte « Bretagne Opus 2, Nostalgie ».
(2) La Sarthe étant la région d’origine du verbe « empôler ». (
(3) C’est ainsi qu’on l’écrit au pluriel, j’en suis quasi certain.
(4) Je te renvoie encore à mon texte « Bretagne Opus 2, Nostalgie ».
(5) J’en suis un.
(6) Lecteur Breton, lectrice Bretonne, parfais ta culture suisse romande : https://www.youtube.com/watch?v=j9gxdBJqU8M
(7) Lecteur Vaudois, lectrice Vaudoise, fais de même pour la culture bretonne !
(8) J’empôle Sarthe …
(9) Vous voulez entendre ma voix ? C’est là : https://youtu.be/D3XEc_2QKKE?si=IDi6d9h_2b3Th1qO
.
.
.
Et n’oubliez pas, ce texte cuvé, de m’envoyer une caisse de Pessac blanc bien frais, ou alors de laisser un commentaire désaltérant ci-dessous ! J’adore les deux.
