

« Le Macho est au Macho ce que la Macha est à la Macha »
( Denez Du Ankraz in « Deux Ans et Demi le Matin» )
Avertissement : si vous êtes fanatique de la cause féminine et quel que soit votre sexe, n’en lisez pas plus. Je suis totalement solidaire de la cause des femmes mais totalement non-solidaire de la cause des fanatiques, que je classe dans les cuistres, ce qui est encore courtois pour elles et pour eux. A mon avis bien entendu.
J’ai une Douce. C’est vite dit mais sous-entend de ma part d’intenses efforts d’adaptation. En effet, je suis en pleine andropause, sujet à des sautes d’humeur un temps pestives mais l’autre peu, ma température oscille entre l’Inuit et le Maori, j’ai des vapeurs et j’utilise le tout comme excuses ultimes pour mon comportement erratique. Ma Douce, elle par contre sans raison valable et dans son état normal, peut parfaitement se réveiller du mauvais pied et le faire payer à la moitié restant dont c’est ce jour-là la seule utilité. Elle est par ailleurs une fort jolie femme, boudeuse certes mais point boudin.
Ainsi était-ce ce matin. Ma longue, patiente et caramélisée fréquentation de la gent féminine m’a appris que, dans de tels cas, il faut être philosophe en choisissant la bonne école, ce qui n’est pas si simple. Vu sa maugréante présence dès l’aurore, je me décidai pour la Scolastique (1), école classique visant à harmoniser foi et raison. Manipulateur et retors comme seuls savent l’être les hommes, je jouai la carte de l’opposition.
– N’allons pas à Brest, c’est moche il n’y a rien à voir, lui dis-je au réveil.
– Je veux aller à Brest, me répondit-elle immédiatement.
Je résistai quelques instants, plus pour la forme que pour le fond, afin d’affermir son intense désir de visiter cette sympathique ville. Puis, tel un acteur shakespearien, je cédai en insistant sur ma souple générosité et ma grandeur d’âme.
Nous partîmes, moi rassuré, elle selon toutes les apparences, parfois trompeuses, calmée. Arrivés à Brest à l’heure du dîner, nous baguenaudâmes à la recherche d’un troquet affable où nous attabler. Les jours de prudence, je me dois de la jouer virile, sous peine d’avoir à affronter la Lilith ultime; je déclarai donc :
– C’est moi qui choisis, et ce sera là !
Il s’agissait d’un joli bistrot annonçant une bouchonnitude brestoise de bon aloi. La carte promettait la cuisson parfaite du mets familial.
J’avais raison et en étais peu fier.
Assis, j’optai pour un Kig Ar Farz, que je connais depuis longtemps et qui ne pose problème qu’à mon correcteur orthographique à qui je conseille d’être moins académique sous peine de guillotine. Ma Belle, qui soigne sa ligne à coup de poisson, c’est un comble, choisit l’aiglefin. Malheureusement, arrivés trop tard et l’aiglefin étant trop fin cette année, elle eut la possibilité de laisser ses papilles pencher vers d’autres mets. Il n’en serait pas ainsi ! On lui refusait l’aiglefin, elle ne mangerait rien ! Le repas fut commandé, avec pour entrées de délicieux falafels bretons et une cervelle de Canut-Rive (3), blanche et froide à souhait. Ma Moitié se rafraichit à la cervelle, avec moulte pain en prévision du jeûne vengeur qui allait suivre.
L’endroit est fort joli. Il y a de vieilles photos aux murs, des collages au sens obscur mais dont on sent qu’il doit exister et les tables sont dressées avec goût. On y est bien (6).
Arrive le Kig Ar Farz, ample et généreusement servi. Comme nous avons fini nos deux verres de blanc, je demandai à la patronne un verre d’un cru de son choix. Elle revint avec un vin issu d’un cépage dont le nom m’échappe (2) mais qui, à en croire le feuillet publicitaire, avait été vanté par quelques rois et reines, dont Anne de Bretagne qui en était friande. Je gouaillai avec la propriétaire des lieux qui m’apprit que sa recette du Kig Ar Far était celle de sa grand-mère qui s’appelait, vous ne le devinerez jamais, Scolastique ! Une vieille recette avec du gwen far, de la palette, du lard, de la saucisse locale, du sarrasin, des choux, des carottes bretonnes, des raves, de la moutarde et une sauce délicieuse dont ma foi mon foie se souvient encore. L’odeur en était merveilleuse et, moi qui suis sensible aux mots, j’écoutai et regardai cette femme me parler de cuisine, de la vie, de littérature et de Scolastique, sa grand-mère bretonne. Je salivai, c’était merveilleux.
Puis je me saisis de mes couverts et dans un geste plantatoire m’en fus gargantuer ce qui devait l’être.
Me croirez vous ? Il ne restait dans l’assiette que le petit quart de ce qui s’y trouvait auparavant. Profitant de mon inattention et dans un geste dégustatoire qui soi-disant l’excusait, ma Fourbe avait avalé une substantifique portion de mon repas. Elle me décocha un de ces sourires dont elle a le secret, victorieuse et repue qu’elle était.
Elle ne piqua pas le moindre fard, le mien ayant suffi à la sustenter.
Ce texte s’arrête ici car les andouilles sont à point et le Farz Gwen Ha Du grésille de plaisir. Ma Merveilleuse est l’unique femme de ma vie à adorer les andouilles; qu’elle en soit vénérée ! (4)(5)
Kerbrest, le 11 juillet 2025
(1)Vous me voyez venir Béatrice n’est-ce pas ?
(2)Mais que Béatrice me remémorera en commentaire j’en suis certain.
(3) Je n’ai pas pu m’en empêcher. Vraiment j’ai essayé. Peste soit de mon Daïmon.
(4) Mais ne croyez pas que la suite de la journée fut plus paisible. Elle sera le sujet de mon prochain texte. Simplement, il se trouve que les andouilles sont vraiment à point et que ma sauce moutarde se morfond d’attendre le nappage.
(6) L’endroit s’appelle Restaurant Au P’ty Lyonnais, à Brest. Allez-y. J’y retourne prochainement pour goûter pleinement et en célibataire au Kig Ar Farz de Scolastique,.
(5) PS : Vous voulez écouter mes chansons ? C’est ici : https://mx3.ch/oliviertolbiac
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Et veuillez remplir cette salle vide de vos commentaires affables et culinaires ! Je les dégusterai avec délectation !
