
La Bretagne Opus 3.2, Hécabroche Porcine et Daïmon
J’avais décidé de m’envoler sur un lyrisme triste, effrayant et un peu mystique. Oui mais voilà, mon Daïmon (1), ce plaisantin, n’est pas un rigolo. Il aime à me souffler des associations d’idées, des jeux de mots pendables, me fournit lorgnette pour envisager le monde sans la moindre substance, le Saint-Véran mis à part, et qualifier ce nectar de substance serait grossier. Mon Daïmon donc ne souffre pas que j’utilise ses étincelles dans un autre ordre que celui dans lequel il me les fournit. J’obtempère, ça vaut tellement mieux pour moi.
Cinglant (2) avec ma Moitié les routes bretonnes et doublant des tracteurs joyeux qui ne sont là que pour le jeu de mots, nous vîmes à plusieurs reprises une grande affiche bigarrée vantant une soirée « cochon grillé ». Ma Douce est sensible à la cause porcine et, étant allés l’année passée en Croatie, pays des « cochons de lait » rôtis avec art au bord du chemin, elle me déclara, attendrie, que c’était tout de même une honte de manger des porcelets, mignons, n’ayant rien vécu, au regard innocent et au fin duvet totalement inapte à faire la moindre brosse à dents. Je la rassurai en lui affirmant que les Bretons, Gaulois qui plus est, ne tournebrochent que les porcs adultes.
– Des mamans cochons, des papas cochons, ajoutai-je pour lui montrer que moi aussi j’étais une âme sensible.
Le regard infernifère qu’elle me lança aurait suffi lui-aussi à me rôtir derechef. Il fallait apaiser cette matinée qui promettait de finir en eau de boudin. Je fis mon sourire le plus charmeur, l’embrassai et lui glissai à l’oreille, en soignant les fréquences qui, telles le beurre dans la sauce, la feraient fondre :
– Tu sais ma Belle, en Bretagne, ils évitent de créer des orphelins; ils rôtissent en général la famille entière …
Les hôpitaux locaux sont d’une redoutable efficacité et j’ai maintenant recouvré l’usage de mes deux yeux ! (3)
Ceci dit.
Pour parler encore de nourriture, sujet que mon Daïmon adore : j’ai ailleurs évoqué ma détestance irrationnelle pour l’élitisme et la préciosité, quelles qu’en soient les causes ou la nature. Par exemple, l’usage de la particule me rend rondement boudeur voire carrément agressif. J’attends de la noblesse allemande qu’elle reste aphone, ça vaudra mieux, quoiqu’en dise le baron, rouge ou pas (4). Il est cependant un cas où une juste moyenne entre les extrêmes provoque un joli équilibre. Ce cas est breton et je veux bien entendu parler de l’Andouille de Guéméné qui, quoique noble, n’en reste pas moins une andouille. A la Révolution, on la pendit d’ailleurs à une ficelle. Guéméné viendrait du Breton « gwenmened » (5) et tout ce qui commence par -gwen- évoque la blancheur, donc la noblesse il va sans dire. « Andouille » peut se dire d’une saucisse mais aussi d’un imbécile potentiellement assigné au tournebroche familial. Et d’ailleurs, tous les mots en -ouille ne sont-ils pas vulgaires ? (6) L’Andouille de Guéméné, sise en calligraphie sur la carte du plus tripotache des tripots, me détournera même des Oeufs en Meurette, c’est vous avouer mes faiblesses. D’ailleurs, ma Mie, d’origine chinoise et pratiquant le Taï-Chi (9), n’avait jamais goûté d’andouille et je pensais qu’elle détesterait ce plat aux abats trop riants. Il n’en fut rien, elle a adoré, je l’aime. (7)
J’ai l’impression de digresser mais j’adore ce verbe tant il est proche de digraisser, but lointain de mon existence amoureuse.
Pour terminer, je tiens à préciser que je ne me moque que de ce que j’aime; seule exception : les cuistres, que je n’aime pas et que j’arrose de railleries propres à les renvoyer dans leurs culs de basse fosse. Peste soit des cuistres ! J’aime donc la Bretagne de toutes mes cellules et je ne regrette finalement que son lamentable éloignement; qu’on ait placé ce grand truc, la France, entre la Suisse de mes Ancêtres et la Bretagne de mon Coeur me désole; les brasseries étapatoires ne me consolent qu’à peine, tristes ripailles sans le moindre Léman.
Je jette un coup d’oeil à mon Daïmon qui a fini par s’endormir.
Coquin de Daïmon !
Bonne nuit mes amies et mes amis, Lectrices grésillantes, Lecteurs à point.
Penandouillec, le 7 juillet 2025 (8)
(1) J’en ai un voyez-vous, et je le soigne.
(2) J’adore ce verbe, son participe passé un peu fou surtout.
(3) C’est à Plomodiern le 13 juillet, j’y serai en célibataire et déguisé en pirate.
(4) Aphone, donc « à Von », von étant le pendant germain du « de ».
(5) Filae.com l’a dit, donc c’est vrai.
(6) Dans les Visiteurs, nous avons Jacquouille la Fripouille par exemple, et non Jacquichon le Fripouichon !
(7) Malgré les 4 points de suture à l’arcade sourcilière. Ma Mie donc.
(8) Ah j’allais oublier : si vous désirez recevoir annonce de mes prochaines élucubrâtions, n’hésitez pas à vous abonner ! Je frise, moi le chauve, les 100 abonnés ! Et, si vous aimez, partagez s’il vous plaît !
(9) Art martial lent mais qui fut, en cette occasion, rapide.
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Votre cuisson terminée, laissez donc quelques os à ronger dans les commentaires ci-dessous; soyez substantifiques … Avec du persil et du sel, je vous lirai !
