


Promis il y a deux semaines, voici mon intense vécu lors de …
L’Assemblée de Pépéhé !
Ah l’Assemblée de Pépéhé ! C’est comme un opéra où il y aurait un refrain. Nous tous, les membres, nous glissons à la vitesse de la vie vers un avenir commun, du moins au niveau des murs et du terrain.
L’aspect répétitif de ces rencontres pourrait être ennuyeux; il n’en est rien; les sujets récurrents ont souvent pour thème la propreté, ce qui est un comble pour des sujets récurrents.
Lectrice reluisante, Lecteur propret, s’il m’arrive parfois d’insister lourdement sur un jeu de mots, c’est dans le but louable de m’assurer que tu l’as compris, car rien n’est plus triste qu’un jeu de mots incompris; il se flétrit comme se flétrirait le directeur d’une régie immobilliaire en pleine crise de foi.
Je tergiverse.
En présence lors de l’Assemblée : le Directeur de la régie, son adjoint, les dix membres de la Pépéhé, dont mon voisin testiculaire du sud, mon voisin hyper-geek, mon voisin au jardin impeccable, mes voisins absents et moi-même; les âges divergent, les fossés des générations s’exacèrbent, l’eau gazeuse coule à flots, nous sommes bien.
Nous commençons par la très solennelle vérification des comptes, où les deux vérificateurs, dont moi, lisons un texte préparé qui, résumé, signifie : oui. Ce texte est d’une prose totalement exempte de poésie, et le lire avec emphase est un réel plaisir; égayons ces instants par trop solennels, bon sang.
Viennent assez vite les divers; d’ordinaire, mon voisin au joli jardin se plaint des jeunes d’aujourd’hui, qui ne respectent rien et qui déprèdent son jardin comme certains déprèdent la langue française avec de douteux néologismes. Cette année, il innove dangereusement en se plaignant d’un vieillard qui urina presque anonymement sur une jouxtance de son terrain.
De notre terrain.
D’ordinaire, nous pestons de concert contre tous les gamins du quartier mais, comme le voisin en question est un trentenaire imberbe, nous les vieux faisons bloc avec le vieil homme :
– On verra quand tu auras cinquante-cinq ans, Gamin, et que tu seras forcé à d’intempestifs arrêts vidatoires te surprenant au coin d’une bretelle d’autoroute qui porte là aussi bien son nom.
Rien ne change; l’an prochain, nous nous plaindrons des chiens.
Pour ma part, chaque année, je me targue de créer l’événement avec une proposition un brin irréaliste mais qui, acceptée, ferait de nous le fer de lance de la modernitude planétosalvatrice. Je soupçonne le Directeur d’être fortement agacé par mes interventions, car soit j’ai trop raison ou alors je parle d’un monde qu’il ne veut pas connaître car le sien s’effondrerait. L’homme ne m’écoute pas, ou du moins fait-il mine de sourde oreille pour me signifier son dédain.
– Et si nous édifiions un escalier menant aux toits plats de notre quartier, pour y construire des terrasses en bois, avec des barrières ? Je suis un rêveur certes mais suis certain que mon idée vous séduira, en particulier vous mon bon Voisin du Sud ballistique.
Inutile de vous dire que personne n’est séduit. Le Directeur souffle, me regarde d’un air désolé et nous rappelle que nous sommes dans un pays où il existe des règlements et que ces derniers sont édictés pour, précisément, faire barrage à toute déferlante d’individus rêveurs qui pourraient apporter le moindre désordre à l’ordre. Il n’est pas quintessent, le Directeur.
Pour clore en beauté ce moment de partage, il m’est nécessaire de vous préciser que, sur l’ensemble de ma Pépéhé, je suis le seul à étendre, les beaux jours revenus, ma pimpante lessive sur des fils judicieusement tendus entre mon store de jardin et ma cabane à outils. C’est joli et économique.
Donc, l’Assemblée terminée, mon voisin favori s’approche de moi et déclare, de la voix haute de l’homme qui en a :
– Toi qui es un artiste …
Je l’interromps pour préciser que j’ai dit « rêveur ».
– Oui oui, répond-il, toi qui es alternatif …
Je l’interromps à nouveau et me requalifie de « rêveur ».
– Bref, toi qui étends ta lessive dehors …
Je crains le pire; allons-nous pour un sujet futile en venir aux boules ? Quels sont ses liens avec la Camorra ? Combien pèse-t-il ? S’appelle-t-il vraiment « Benvenutti » ?
– … toi qui étends ta lessive dehors : je descends à Naples la semaine prochaine. Quand tu étends ta lessive dehors, ça ressemble au printemps à Naples; j’aime beaucoup ça.
Moi qui, à son instar, avait « les boules », je ressens une intense tendresse pour cet homme qui, sous des abords bourrus de brute calabraise, cache une sensibilité de poète, fut-ce celle d’un poète de lessive.
Puisse-t-il me remonter, de son Sud napolitain, que sais-je ? La recette dei « Testicoli di Maiale al Primitivo », une Ferrari Testa Rossa, ou un fusil-mitrailleur en état de marche ?
Fellini, à la portée de tous !
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Vous aussi aimez Fellini ? Le cinéma italien ? Les polpette ? Dites-le moi dans un commentaire dessous l’image napolitaine ! Mi farà piacere !
