
Molfetta Opus 3
Une gentille lectrice assidue m’écrivait récemment :
« Monsieur Tolbiac, vous écrivez de manière assez correcte mais il me semble que vous tournez en rond : n’existe-t-il pas d’autres sujets que votre vie quotidienne banale, vos états d’âme banals, votre amour banal des plaisirs terrestres se limitant souvent à du gustatif vulgaire, votre petite misogynie banale de mâle occidental banal, bref votre banalité désolante ? Élevez-vous un peu, faites-nous rêver ! Parlez des Autres, du Monde, de l’Univers ! J’ai l’impression, vous lisant, de perdre mon temps. J’espère que vous me comprendrez et saurez améliorer vos écrits »
Cela m’a fait réfléchir et je lui ai répondu :
« Chère Paulette, je suis sensible à vos gentilles remarques; vous avez totalement raison ! Je m’en vais de ce pas vous contenter en couchant sur la page blanche une histoire qui, je le souhaite, ne fera pas un four, banal, auprès d’une lectrice telle que vous, chère Paulette. »
Ainsi donc :
Douceur, Italie, Féminité et Perfection
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Pour bien saisir l’universalité de ce qui va suivre, je me dois de vous présenter ma douce : elle est tout à fait ravissante, de petite taille, fine, légère et sportive. Comme toutes ses semblables, elle considère son homme comme une sorte de trophée à la mesure de sa fascinante beauté, trophée qu’elle exhibe fièrement dans les rues de Molfetta, à la vue des belles Italiennes médusées par ses capacités séductives.
Toujours pour vous aider à saisir la chute de cette jolie histoire, je me dois de me présenter : je suis tout à fait ravissant, de grande taille, et pour le reste je diffère avec majesté d’un idéal qui sans cela friserait la perfection; je suis aussi sportif qu’un zèbre daltonien, aussi léger qu’un sumotori sur Jupiter et aussi fin que certaines de mes blagues, les meilleures.
Tout cela a pour conséquence que ma douce, qui est sociable en diable et a beaucoup d’amies à Molfetta, a su préparer le terrain en annonçant à toutes, avant ma venue en Terre Apulienne, je la cite :
- – Lui è grasso !
Nul besoin de la moindre traduction; c’est net, tranchant, précis. Je suis gras. Pas enrobé, pas même gros, non : gras. Et, bien entendu, dans le but de provoquer chez moi une honte qu’elle espère amaigrissante, ma douce m’a signalé que la moitié des dames de Molfetta vont me juger sous cet horrible épithète : gras !
Me voilà rasant les murs sous les sourires méchants des Italiennes locales; je crois entendre des murmures, des entre-soi :
- – È lui, è quel grasso ! ( C’est lui, c’est ce gras ! )
Ce ne sont peut-être que les fruits de mon imagination, mais cela tombe assez bien puisque, pour éviter cette horrible honte, je ne mange précisément que des fruits et des légumes. D’ailleurs je m’étonne qu’on ne dise jamais « les légumes de mon imagination » alors que parfois on se permet de critiquer la mienne en parlant de « l’imagination d’un légume ».
Mais je divague, et en bord de mer c’est déjà ça.
Bref, hier matin, les ventres vides, nous entrons dans une épicerie tenue par une amie de ma moitié qui partage avec cette dernière une petite taille et une légèreté sidérante.
Quoi vous dire sur cet endroit ? Passé l’ignoble rayon des fruits et légumes se dévoilent à vous toutes les merveilles délicieuses que les Pouilles peuvent offrir à un épicurien : pâtes aux formes variées, sauces mitonnées avec amour, biscuits salés pour de merveilleux apéritifs, boissons sucrées rouge vif qu’on ne trouve chez nous qu’en bouteilles pharmaceutiques et qui se vendent là en litres, pour des Spritz flamboyants dans la douceur des soirées d’été, vins blancs sémillants aux cépages inconnus et, tout au fond, comme un Graal devant ses fromages et ses jambons : le mari de la dame. Les fromages sont d’un blanc immaculé, frais, riants, et les jambons gras à souhait, membres généreux de nobles porcins dont on sent bien qu’il n’ont jamais reçu le moindre reproche diététique de leur truie. Heureuse vie que celle des cochons; je voulais léguer mon corps à la science, mais que Saint Nicolas veuille bien me permettre de finir cru et salé dans une épicerie du sud de l’Italie.
Je salive mais nous n’achetons que quelques horribles biscuits suédois, plats, complets et sains, puis nous dirigeons vers la caisse où se tient l’épicière qui entame causette avec ma douce; comme je pratique assez bien l’italien, je me permets quelques plaisanteries culinaires faisant rire la dame qui se retourne vers ma moitié pour lui asséner :
- – Vedi, lui è grande; noi piccole donne non possiamo mangiar troppo, ma lui si ! E davvero, non e grasso, è semplicemente bene ripartito ! ( Tu vois, il est grand; nous les petites femmes ne pouvons trop manger mais lui oui ! Et, vraiment, il n’est pas gras, il est simplement bien réparti ! ).
Bien réparti ! Exactement, c’était ça, réparti en harmonieuses rondeurs qui témoignent de mon amour de la Vie. Je me sentais tellement « réparti » que des larmes de bonheur me montaient aux yeux.
Puis je suis retourné au fond du magasin et ai entamé une razzia systématique des délices que je m’ y étais interdits.
L’addition s’est alourdie, elle aussi, mais pour une noble cause.
Que Dieu bénisse les épicières et les épiciers del Corso Dante Alighieri à Molfetta, leur épicerie est un paradis!
PS :
« Chère Paulette, je suis sincèrement désolé, je ne peux m’envoler vers les hauteurs éthérées qui feraient votre bonheur. Simple question de poids ! »
PS2 :
Je n’invente rien et embellis à peine !
PS3 :
Oui je suis toujours en couple; j’ai inscrit ma tendre pour le prix Nobel de la paix 2027.
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Un commentaire s’il vous plaît, ça me stimule l’appétit ! C’est sous l’image !

Cher Monsieur Tolbiac, sincèrement, votre texte est plus qu’obscur. Encore une fois, je m’y perds et le fait que vous m’y citiez n’y change rien.