

.
Il y a toujours un espoir, même pour le sport de masse !
(texte datant d’il y a quelques années, mais qui me semble d’actualité)
.
En 2045 se joua en Europe, en Carbonie plus précisément, une Coupe du Monde de Football qui est restée gravée dans les mémoires.
En effet, la grande finale de cette dernière se jouant entre l’équipe d’Haponie du Nord et celle, favorite, de Fructosie et l’arbitre ayant à peine sifflé le coup d’envoi, quelle ne fut pas la surprise des milliards de téléspectateurs de constater que les Hapons, loin de jouer au sport prévu, vaquaient à d’autres occupations.
Les avants s’étaient assis en position du lotus et psalmodiaient des mantras, les milieux de terrain, ayant subtilisé le sifflet arbitral, tentaient un rythme de samba digne de Rio, les arrières organisaient un barbecue sur la ligne des seize mètres et le gardien, armé du nécessaire de couture de sa tante Adélie, reprisait son filet.
Les Fructosiens, plus sportifs, en profitèrent pour marquer leur premier but, après vingt secondes de jeu. L’engagement post goal eut lieu, comme tous les suivants, par la bonne grâce de deux méditants qui, pour l’occasion, quittaient leur position fleurie.
La suite du match fut à l’avenant et le score final se solda par la nette victoire Fructosienne avec un score de 276 à 0, ce malgré l’infériorité numérique des vainqueurs qui jouèrent à dix dès la 88 ème minute, infériorité causée par le carton rouge donné à son capitaine qui avait voulu s’essayer à la méditation.
Notons, à la 34e minute, la sortie du numéro 7 hapon, remplacé par le numéro 4 qui apporta les bières pour les grillades, ainsi que la viande et les chips.
L’entraîneur fructosien, bon joueur, déclara tout de même à la presse, à l’issue de la rencontre, le texte prévu : “Ce fut un beau match, un digne adversaire, nous avons gagné, c’est la rude et belle loi du sport !”, à quoi l’arrière droite hapon ajouta : “Excellente viande, vous en voulez un morceau ?”.
L’essentiel des téléspectateurs ayant zappé pour les championnats régionaux de waterpolo, cette finale fut un flop publicitaire et financier complet. La Fédération décida donc, afin que plus jamais telle chose ne se reproduise, que le football serait un sport mono-équipe, avec joueurs assermentés s’engageant à jouer au sport prévu. On adapta les règles mais on garda pour la forme et pour le suspense l’épreuve des pénalties ainsi que les corners qui assuraient la largeur du terrain, corners sans lesquels le jeu aurait tenu dans un couloir de trois mètres. L’arbitre fut conservé afin qu’il y eut deux couleurs de maillots sur le terrain et toutes les rencontres furent désormais des derbies.
De facto, la vitesse de course fut dès lors un atout décisif lors des match, et ce furent les équipes au total métrico-jambatoire le plus élevé qui gagnèrent systématiquement les championnats; notons en particulier le 542-0 du Mundial 2047, dont la star de l’équipe gagnante déclara : “Beau match, nous avons gagné !”.
.

