


L’étoile filante
Le prince avait tout; rien ne lui manquait. Il était plus riche que les plus riches, plus instruit que le plus savant des savants et, quant à sa beauté, elle surpassait de loin celle de tous les princes alentours, fussent-ils de la plus noble des nobles ascendances. D’’un abord facile, il savait être à à l’écoute du plus humble de ses sujets. L’affaire la plus banale retenait toute son attention et ses jugements étaient toujours accueillis avec bonheur, tant il savait lire dans les coeurs, et les coeurs le lui rendaient humblement, avec respect et déférence. Il était à la fois douceur et fermeté, craint avec confiance par tout son peuple. Il avait épousé jeune la plus ravissante des princesse dont on pouvait dire qu’elle était pour le moins son âme soeur, voire la pièce de puzzle qui manquait à sa complétude; ils formaient un couple harmonieux et leurs enfants, lumineux et joyeux, promettaient au royaume encore de nombreuses années de paix et de prospérité.
Pourtant, comme le grain noir se cache dans le sac de blé mûr, se cachait au plus profond de son coeur une petite lueur d’une lumière qui éclairait son bonheur d’une clarté étrange qui ne ressemblait, finalement, à rien de ce qu’il eût connu. Elle pouvait disparaître pendant des mois, voire des années, mais se rappelait à lui, faible, dissonante dans ce qui aurait pu être l’harmonie parfaite. Il ne trouvait en son for intérieur aucune raison tangible à cet état de fait et s’en serait finalement bien accommodé si la lumière, vers sa trentième année, ne se fît plus insistante et ne s’immisçât plus fréquemment précisément dans ses moments de presque perfection.
Son humeur s’en ressentit et, presque imperceptiblement, il perdit son doux sourire. Il ne pouvait mettre de mots sur ses sentiments, cela se confondait dans un brouillard épais comme le sont les brumes rasantes dans certaines plaines humides. Toute la cour s’en inquiéta : l’humeur du prince ne pourrait-elle influer sur le royaume, sur les récoltes, sur la félicité du petit et du grand peuple. On lui envoya sa femme, ses conseillers, les meilleurs docteurs en médecine, les sorciers et défaiseurs de sorts, mais rien n’y fit. Le prince dépérissait et rien ni personne n’y pouvait même que peu faire.
Un matin d’été, tandis qu’il se languissait sur son sofa, entra une vieille servante avec son épousseoir; elle époussetait, dépoussiérait, remuait meubles et objets et derrière elle se dégageait un épais nuage de poussière qui emplissait la pièce en la rendant presque opaque. Le prince toussa fortement et la vieille, qui ne l’avait pas remarqué, lui sourit doucement.
– Je sais, dit-elle, mon passage n’est guère agréable, mais dans un instant il n’en restera rien et vous retrouverez votre chambre telle qu’elle a toujours été, mais plus claire, plus propre, et belle que jamais.
Il la remercia en utilisant la formule appropriée et quand elle fut sortie attendit que la poussière se dissipa en mille grains lumineux dans la lumière fraîche de la matinée. Il lui sembla que s’opérait dans son âme le même scintillement joyeux et que tout s’éclairait par mille prismes délicats, de la plus grande pièce au moindre recoin.
– Je sais maintenant, s’écria-t-il intérieurement, je dois trouver le sens, trouver le chemin, chercher la source de toute lumière, afin que tout soit entièrement parfait !
Alors il alla demander conseil au plus sage des sages, dans le plus renommé des temples de son royaume, qui en comptait beaucoup …
Si tu veux connaitre la suite, dis-le moi.
